UTO ROSMAN S’ÉCOUTE ELLE-MÊME

Certains artistes font du bruit pour se faire entendre. D’autres écoutent avant de parler. Uto Rosman appartient à cette deuxième catégorie. Elle dégage un calme qui attire l’attention. Quand elle parle, ses mots semblent pesés, dépouillés de toute façade, sincères au point de rester avec vous. Ce même calme définit aussi sa musique. Elle se situe à la croisée du R&B, de l’Afropop et de la soul, sans jamais se laisser enfermer dans une seule étiquette. Ses chansons respirent. Elles sont tendres, lucides et parfois douloureusement honnêtes, du genre à vous rappeler que le silence aussi peut être un rythme.

Née d’une mère originaire de l’État d’Imo, au Nigeria, et d’un père canadien, Uto a grandi à Lagos, naviguant entre plusieurs mondes. Son foyer était un mélange de cultures et d’histoires où la créativité s’exprimait naturellement. « J’ai beaucoup de beaux souvenirs. Honnêtement, j’adore Lagos. Je dirais même que je suis Lagosienne », confie-t-elle en se remémorant une enfance qui lui a appris à transformer les contrastes en curiosité et en confiance. Son éducation a forgé un sens de soi qui marie discipline et liberté, un rythme qu’elle transpose dans tout ce qu’elle entreprend.

La créativité fait partie de l’ADN des Rosman. Son père, acteur, et sa mère, artiste, ont créé un environnement où l’expression personnelle était encouragée. Ses sœurs se sont tournées vers le théâtre, la musique et l’écriture, formant un véritable écosystème familial de créativité. Très jeune, Uto s’est retrouvée immergée dans le monde du spectacle, passant des auditions et apparaissant dans des publicités télévisées dès l’âge de dix ans. Pour elle, musique et jeu d’acteur étaient indissociables, chacun nourrissant l’autre, tandis que le mannequinat devenait une autre forme de narration. « Je pense qu’ils vont de pair », explique-t-elle, décrivant comment les différentes facettes de son art s’enrichissent mutuellement.

La musique est devenue son ancrage. Sa chanson Don’t Give Up, écrite en 2018 et sortie en 2019, a marqué le début de son exploration personnelle rendue publique. Elle a retenu d’autres morceaux, sentant qu’ils n’étaient pas encore prêts, se donnant le temps de devenir l’artiste qu’elle voulait être. « Plus on fait quelque chose, plus on s’améliore », dit-elle, consciente que la maîtrise se construit par petites étapes délibérées, faites d’erreurs et de révélations. Le studio est devenu pour elle un laboratoire, un lieu où l’expérimentation et la précision se rencontrent, un espace pour tracer les contours de son propre son.

Ses influences musicales franchissent les frontières et les genres. Whitney Houston lui a offert la perfection technique et l’honnêteté émotionnelle. Rihanna incarne la liberté et la polyvalence. Lauryn Hill, Kendrick Lamar, Drake, Wizkid et Tems lui ont apporté le rythme, la profondeur du récit et la soul. « J’adore Rihanna. Elle est vraiment polyvalente. Elle peut faire du pop, du R&B. Elle est tellement talentueuse », confie Uto, admirant leur amplitude artistique et s’en inspirant pour façonner la sienne. Son expérimentation est avant tout une quête : celle de l’authenticité au sein d’un vaste champ de possibilités.

Cet esprit d’exploration se manifeste dans son dernier single, What You Want. Écrite spontanément en studio avec sa sœur Honey elle-même musicienne et écrivaine, la chanson mêle des rythmes afro-dancehall au R&B. « Je voulais qu’on fasse quelque chose de fun, que les gens puissent danser dessus », raconte-t-elle. Le morceau est un refus d’être enfermée, un acte délibéré d’affirmation de soi, et une déclaration de liberté artistique. Avec le temps, elle a appris à résister aux pressions extérieures et à se concentrer sur ce qu’elle veut vraiment. « Pendant longtemps, j’ai essayé de faire la musique que, vous savez, la société nigériane attendait. Puis je me suis dit : tu sais quoi ? Je vais faire moi. »

L’indépendance est devenue son principe directeur. Uto n’a pas encore collaboré avec d’autres artistes, non par manque d’opportunité, mais par choix. Chaque sortie reflète sa croissance, une étape dans la construction de son identité créative. « Je suis très intentionnelle sur l’endroit où je veux être à l’avenir », explique-t-elle, présentant sa carrière comme un processus réfléchi plutôt qu’une série de transactions. Cette approche guide sa manière d’évoluer dans les milieux professionnels, en particulier en tant que jeune femme dans une industrie où la visibilité et les opportunités restent inégalement réparties. Elle s’entoure de sa famille et de collaborateurs de confiance, veillant à ce que chaque décision soit en accord avec ses valeurs.

La philanthropie accompagne son art comme une extension naturelle de son éducation. L’ONG de sa mère existe depuis plus d’une décennie, et Uto y participe activement, considérant le service comme indissociable de son travail. Son engagement humanitaire l’ancre dans la réalité, lui offrant un contrepoids à la vie publique et la reliant à des mondes au-delà des studios et des scènes. Ce travail, discret et constant, reflète la même discipline qu’elle applique à sa musique.

Le jeu d’acteur et le mannequinat complètent son identité artistique. Ses premières expériences de performance lui ont appris la présence et la narration, des qualités qu’elle transpose dans sa musique. Le mannequinat lui permet d’explorer la posture, le regard et le corps comme outils d’expression. Pour Uto, ces disciplines convergent, chacune nourrissant l’autre pour créer une pratique artistique unifiée.

Son prochain EP promet de rassembler toutes ces explorations. Puisant dans le R&B, l’Afrobeats, la pop et la soul, il reflète un son à la fois polyvalent et pleinement assumé. « J’ai tellement appris sur mon son, et quand c’est le moment, c’est le moment », dit-elle, soulignant l’importance de la patience et du processus continu de maturation artistique. Le projet vise à émouvoir, à créer une connexion et à offrir un aperçu du parcours qui l’a façonné.

Uto Rosman évolue à la croisée de la musique, du cinéma, du mannequinat et de la philanthropie, intégrant chacun de ces domaines dans une vision cohérente. Sa relation avec son public est guidée par la sincérité, et chaque chanson, performance ou initiative ajoute une dimension à un récit plus vaste : celui de l’intention. La validation extérieure est secondaire ; ce qui compte, c’est l’alignement entre effort, authenticité et impact.

Uto continue de tracer sa voie à sa manière, construisant une œuvre multidimensionnelle et vibrante. À travers la musique, le mannequinat, le jeu d’acteur et son engagement social, elle invite le public à être témoin de la concrétisation d’une vision, à entrer dans la conscience qui la sous-tend. Son histoire est celle d’une croissance, d’un raffinement, et d’une transformation du talent en art. Chaque projet est une étape d’un parcours défini par l’authenticité.